Transformer les restes de grand-maman en diamant, c'était déjà possible. On a récemment évoqué ici le projet de la designer Wieki Somers de réaliser des objets à partir de ces mêmes cendres humaines. "Consume or conserve", au Grand-Hornu Images, répond à la question que beaucoup se posaient : s'agissait-il d'une allégorie ou la créatrice néerlandaise allait-elle réellement briser le tabou ?

Elle l'a fait. Ses "natures mortes" (et n'y voyez aucune cruelle ironie), exposées en Belgique, portent chacune une plaque commémorative frappée du nom du donateur : un certain John Steegman (1939-1985) se réincarne en aspirateur de table décoré de bousiers (coléoptères plus communément appelés "roule merde"), tandis qu'Anne Lindeboom (1920-1984) a fourni la matière première pour l'oeuvre "Oiseau et grille-pain"…

Somers appuie sa démarche sur l'art des Vanités dans la peinture flamande des 16e et 17e siècles. Ces natures mortes dévoilaient un panel de représentations allégoriques insistant sur le caractère éphémère de la vie et l'aspect vain des vanités terrestres, de la richesse, du pouvoir, des plaisirs futiles. La designer créé ici un parallèle avec le galvaudage graduel subi par le design au cours des décennies écoulées, et insiste sur la nécessité de redéfinir la notion de design, ses besoins et rôle pour le 21e siècle.

Sans ambages, Wieki Somers propose de tirer parti des fantastiques avancées technologiques, et de faire appel au rapid prototyping, ou à l'impression d'objets en 3D, pour nous "réincarner" en objets du quotidiens, nécessaires et omniprésents.

Provocation ou progrès ? D'aucuns avaient déjà rentré les épaules en pressentant le tonnerre des protestations, mais à ce jour l'annonce du travail de Somers ne semble pas avoir déclenché grands remous. Pas encore ?










sources et crédits Wieki Somers, Grand Hornu, Designboom