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La designer russe Katherine Semenko ne mâche certainement pas ses mots ; on s'en réjouit. "Il faut cesser de craindre les miroirs brisés", attaque-t-elle bille en tête, en évoquant son miroir Only January. L'objet est une sorte de triptyque facetté, dont la forme enveloppante semble vouloir englober l'utilisateur. L'articulation est rendue possible par la fragmentation, chaque élément serti et enchâssé, empruntant à la technique de la mise en plomb employée pour les vitraux.

Outre sa forme assez peu ordinaire, Only January projette un jeu complexe de mise en abyme qui aurait fait les délices d'André Gide. On pénètre dans un univers fantastique, précisément dans la lignée de l'exposition "Fantasy and Fear in contemporary design" au musée Victoria & Albert ; les réalisations de Katherine Semenko auraient mérité d'y figurer, entre celles de Tord Boontje et de Matali Crasset.

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Katherine Semenko, née en 1988, est étudiante en design industriel. Elle vit dans le sud de la Russie, non loin de Rostov-on-Don (environ 1 million d'habitants). Le travail réalisé dans le cadre de son cursus en design industriel à l'Institut d'Architecture et des Arts a reçu quelques récompenses qui lui ont valu d'attirer l'attention sur ses créations, comme ses lampes "In" et "Birch" (ci-dessous). Toutefois, déplore-t-elle, si on reconnait volontiers la qualité de son travail, il ne tro uve ni écho ni clientèle en Russie. Semenko se tourne donc vers l'Internet, dans l'espoir de faire connaître son travail au plus grand nombre - et loin de chez elle.

Des âmes emprisonnées 7 années durant dans les fragments d'un miroir, un fauteuil d'inspiration "mystique" ou une lampe en tronc de bouleau "qui prend soudain vie"… Les superstitions, croyances fantasmagoriques et autres idées reçues, ou le poids des traditions et institutions sont à la fois pour Katherine héritage culturel, sujet d'étude et frein - une contradiction emblématique de la création dans la Russie d'aujourd'hui.

"Ici, les gens qui ont de l'argent ne sont pas portés sur le design contemporain, mais vers un univers baroque grandiloquent. Forcément, dans ce contexte, les industriels et fabricants ne sont pas prêts à prendre de risque. Pourtant, certaines manufactures locales sont suréquipées en technologie dernier cri : mes créations pourraient aisément être réalisées sur place. Le voilà, le vrai problème : le conservatisme !" Pourquoi avoir nommé son miroir "Only January" ? "J'ai failli opter pour "Embracing mirror", mais l'atmosphère ambiante dans lequel il a été créé m'a poussée vers une variante un peu plus… sentimentaliste. L'hiver ici possède un charme à part, le grand froid s'accompagnant d'une luminosité intense. Le miroir est né au mois de janvier : c'est mon hommage à l'hiver russe. Et puis "Embracing mirror" me semblait trop inoffensif, dénué d'âme".

D'âme, encore ? "L'étape est primordiale dans mon processus de création : l'objet n'existe pas tant qu'il n'est pas nommé. Le nom doit être "ressenti" plutôt que choisi. C'est lui donner totalement naissance, lui conférer âme et vie propres. Il peut ensuite m'échapper et vivre sa vie indépendamment de la mienne".

Si elle ne possède pas encore son propre site web, la pétulante Katherine Semenko a toutefois publié un portfolio de ses travaux en ligne, accompagné de ses coordonnées. 


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